Guicciardini's Description of the Trade of Antwerp

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Artifact Summary
Artifact type
Creator/author Guicciardini
Date 1560
Period
City and country of origin Antwerp, Belgium
Abstract

Entry

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[Description de Touts les Pais-Bas autrement appellés la Germanie Inferieure ou Basse Allamagne, par Messire Louis Guicciardin, gentilhomme Florentin, Maintenant reveue et augmentée plus et traduit d'Italien que de la moictie par le mesme Autheur en langue Françoise par F. De Belle Forest, Commingeois.

(Anvers, 1582), pp. 128-30, 157-59, 176-95. Guicciardini was writing this description of Antwerp in 1560 (see below, p. 172). The first Italian edition of the book appeared at Antwerp in 1567 and a French translation by Guicciardini himself was published the same year. De Belle Forest's translation was made from the second Italian edition, published in 1581.]

Mais voyons en peu de parolles parquelle voye et quel moyen ceste cité [Anuers] est paruenue à vn si haut degré et preeminence : le premier de ses plus notables accroistz eut commencement (selon que ie trouue) des Foires pour la marchandise, que ses Princes luy accorderent iadis auec fort amples et autentiques Priuileges : lesquels ont depuis esté confirmez par l'autorité et graces tant des Papes que des Empereurs. Il est vray que Iean II. du nom Duc de Brabant, ayant conceu quelque haine Franchises contre ceste ville, luy osta partie de ces Franchises, qu'il octroya d'Anuers à la cité de Malines, l'an M.CCC. mais ils les recouurerent donnees entierement par l'Octroy de l'Emp. Henry VII.me de Luxembourg, aMalines. qui leur restitua l'an 1309. Derechef Louys Comte de Flandres, auquel ceste ville fut, pour raison de douaire, obligee et engagee par le Duc de Brabant, tollit iceux droictz de Franchise à Anuers, et les donna à Malines l'an 1358., ce qui a esté cause que ces deux villes sont venues à s'entreguerroyer pour ceste querelle, et notamment l'an 1410. Mais pour faire court, par accord faict, deux foires en fin demourerent à ceux d'Anuers, comme encores ils en iouissent, et lesquelles (comme i'ay dict) Quels sont sont fort priuilegées ; et consistent ces priuileges en substance les Priuien cecy : Que durant la franchise, toute personne peut venir, et legesdes demourer en Anuers, et puis s'en retourner en sa maison, avecfoires d'Anuers. ses biens et marchandise en toute seureté ; sans qu'aucun luy puisse donner empeschement quelconque pour debte, ou luy demander rien que ce soyt, en tout son voyage. L'vne des foires est nommée de la Pentecoste, à cause qu'elle commence lesfoires quinze iours auant la festede Pentecoste : L'autre estdicte Foire d'Anuers. de Sainct Remy, et encore de Saint Bauon; d'autant qu'elle Enquel temps sont commence le second Dimenche apres Nostre dame d'Aoust, qui est asses proche des festes de l'vn et l'autre de ces Saincts ; et Combien dure foirepar (y compris quinzel'espace iours dudeprolongement ià durentles receuchacune et enuieilly la coustume) six sepmaines. foires enAnuers. Apres la franchise, s'ensuyuent les payements des changes et des deposts faictz és foires, de l'vne le dixiesme d'Aoust, et de Quand se l'autre le dixiesme de Nouembre; si (comme il est aduenu depuis font les payementz.les dernieres guerres) iceux payementz ne sont retardez par le Prince, soit pour sa propre commodité, ou pour celle des marchands : le payement des marchandises faut que se face vnmoys apres : et les payements des deux foires qui souloyent estre faitz à Berghe, se font ores en Anuers : à sçauoir de la foire froide, et de la foire de Pasques. Les premiers se font le dixiesme de Feburier, et les autres sont mis pour le dixiesme de May :

tien que ceux cy ayent fendu le vent, comme les autres cy dessus par les delays: et leur payement des marchandises ne se font mesme qu'vn mois apres. Auant que passer oultre, nous ne laisserons de dire deux motz, comme de chose digne d'estre remarquée, des foiresdes Cheuaulx, qui se font deux foys l'an en ceste ville : comme encor parlerons de celles des Cuirs, qui Foire des suyuent les autres tout incontinent.

La foire des Cheuaulx est chaux en tenue aux Quattre temps de la Pentecoste, et dure trois jours :

Anuers.

L'aultre vient le mercredy apres la feste de Nostre Dame de Septembre ; en ces foires on ameine vne quantité infinie de cheuaux de toutes sortes, et de touts contrées, iusques du pays de Dannemarck; qui est pour vray vne chose fort plaisante à voir, et où il fait bon se pouruoir de monture: et c'est aux Seigneurs de la ville, apres le Prince, de se fournir les premiers, Foire des ainsi que le droict et la raison le requierent. Soudain apres ces Cuirs. foires viennent celles des Cuirs: et sur tout le trafic et vente des grands Cuirs, de toutes sortes de bestes, sec, gras, et salez, se fait deux ou trois iours de suite: et oultre celuy qu'on y amene du pays, on y en fait venir de plusieurs endroictz, pour vne somme tresgrande de deniers.

La seconde cause et occasion, qui a rendue la cité d'Anuers Seconde dela si grande, riche, et fameuse, se monstra et commença l'anrichesse

1503. et 4., lors que les Portugais, ayans, auec vne merueilleuse d'Anuers. et effroyable nauigation, et grands frais, et appareil de guerre, prise et occupé Calicut, et accordé auecq iceluy Roy.

Ils commencerent aussi à conduire l'espicerie et droguerie des Indes enPortugal (qui est vn voyage de seize mille milles, et auquel ordinairement on employe l'espace de six mois) et puis les conduirent de Portugal en ceste ville: lesquelles denrées on cerie L'Espivenoit souloit au parauant aller querir par la Mer rouge, et de là les iadispar la Venize. conduire à Barut, et en Alexandrie, et de ces lieux les fairevoyede porter à Venise, pour en fournir l'Italie, la France, l'Alemaigne, et autres Prouinces Chrestiennes. Mais ce trafic, ayant esté pris et saisy par les Portugais, et iceux auoir enuoyé vn facteurFacteur du de au nom de leur Roy, se tenir pardeça, apetit à petit attiré lesPortugal Alemans à ce train de marchandise; et premierement y en- en Anuers. tendirent les Fockers, les Welsers, et Osteters, et peu auant eux cyPremiers trestoutz Nicolas Rechtergem (duquel auons fait mention qui ont dessus) fut le premier, qui prit party pardeça auec le facteurdu tranqué enAnuers. Roy de Portugal pour le fait de l'especerie, et qui en enuoya enl'espicerie Alemaigne. Auquel pays, comme il n'eut aucun qui sceut rien du nouueau voyage des Portugais aux Indes, en furent si estonnés qu'ils estoyent en doute de la bonté desdites espices, et soupçonnoyent que fussent faulces et sophistiqueés : Etcecy pour autant qu'ils auoyent accoustumé d'en fournir ceux de ce Pays, des drogues mesmes qui leur venoyent par terre de Venise auant. Au mesme temps y auoit quelques honorables familles d'Espagnols en ceste ville, telles que celles de Diego d'Aro, de Traficde Diego de Sanian, de Ferrand de Bernuy, et d'Antoine de Vaglio: transporté et ainsi sur et enuiron l'an M.D.XVI touts les marchands en Anuers.

estrangers, l'vn suiuant l'autre (sauf quelques Espaignols qui se tindrent à Bruges),vindrent pardeça auec non moins de dommage pour icelle ville, que grand proffit et commodité pour ceste d'Anuers.

Et les premiers qui s'y retirerent furent les Gualterotz; apres eux ceux de Buonuisi, puis les Spinogli, touts de famillehoneste et segnalee.

Quant aux Gabelles, Daces et autres reuenuz de la ville; sauf quelques vnes de moindre importance, qu'on appelle Impostz , estant imposées extraordinairement par le Prince, apartiennent (quoyque touts les ans en l'election des Magistratz de la ville on Reuenu en rend compte aux Commissaires enuoyez par la Court et d'Anuers Chancelerie du Prince) à la Communauté; et c'est elle qui en à qui appartient dispose ainsi que bon luy semble: et sont ces reuenus tels, et de si grand prouffit, qu'à present ils montent à deux cents Valeurdu cinquante mille escus par an; et cecy consiste principalement és reuenu d'Anuers daces leuez sur le vin, et sur la biere ou ceruoise, qu'ils surlevin, appellent Assises, qui est vn gaing, et prouffitable et desiré : de et sur la biere.

sorte que la dace du vin reuient à present enuiron 60,000 ducatz par an: et celuy de la biere, à plus de quattrevints mille. Ces reuenuz encor consistent és impostz et assittes faites sur les lebled en bleds, qui ne sont de grand effect ; et en celles qui sont sur le Anuers. Impost s bestail à manger ou pied fourché, qui payent certain pris pour teste, et toutes fois cecy n'est de grand proufit : neanmoins à cause du grand nombre et quantité qu'on y conduit,de l'vne et l'autre de ces choses, on en leue vne asses bonne somme de deniers. Ce reuenu encor consiste en la vente d'aucuns petits offices, et mestiers de la ville; desquels si aucun veut vser, et les exercer, il fault qu'on obtienne congé et lettres de l'Hostel de ville; et de cecy tire lon encor bonne somme d'argent. L'hostel de ville d'Anuers tire encor de bons deniers du reuenu de En quoy plusieurs maisons, terres et autres lieux publics qu'il possede, et consistent qu'il loue et donne à ferme: de sorte que ces choses, qui ne delaville d'Anuers. semblent estre guere grand cas, montent à grosse somme ; et ce sont les rentes de ceste ville auec d'autres choses menues.

Il est vray, que nonobstant les richesses de ceste communauté, si est elle à present en reste et beaucoup endebtée, à cause des grand frais extraordinaires qu'il luy a fallu faire, soit en la reparation des murailles, et autres diuers edifices publics, et en autres choses faites nouuellement; soit pour les subsides non accoustumez, octroyez au Prince, en tant de guerres qui luy Ville d'Anuers sont suruenues; de sorte qu'elle a esté forcée quelquefois de endebtée. prendre de l'argent à l'interest de dix et douze pour cent, et de rente de six et vn quart pour cent, et à vie d'vn homme, donne douze et demy pour cent chascune année. Or se donne et prend cest argent à l'interest; et en ceste sorte, soit pour exemple ; ie desire donner à rente perpetuelle ou autrement mille escus: ayant conuenude prix auec les Tresoriers de la ville, iedesbourse les deniers, et les deliure au Receueur, qui en faictdonner Façon de registre au liure public, et m'en donne cedulle de recepte, enargentaux vertu de laquelle je fais passer mon contract par l'vn des interests. Secretaires d'estat de la ville: et ayant mon despeche, ie fais le seeller auec le seau public qu'ils nomment la Monarchie ; et lequel seau est gardé en vn coffre qui ferme à quattre clefz seau Qui tient le de diuerses, l'vne desquelles est és mains du plus ancien des laville Escheuins, l'autre est en la charge du plus ancien de l'ancienned'Anuers. Seigneurie: de la troisiesme est chargé vn des Doyens des Mariniers; et de la quatriesme vn Doyen de la Mercerie : et lequel coffre ne se doibt ouurir, et ne peut seeller chose quelconque que touts les deputez, ayans charge de ces clefz, n'y soyent presentz auec le Bourguemaistre ; l'obligation porte que ie sois payé, ou celuy qui en mon nom portera à Messieurs cest instrument de ma rente : par laquelle i'oblige ainsi tout le Corpsde Lesladebtes ville de la ville et de sa iurisdiction: de maniere que si de malheurd'Anuers obligent la ville ne me payoit, il est en ma puissance de me prendre au touts les premier citoyen d'icelle quelque part que ie peusse le rencon- citoyens. trer.

Ceste cité d'Anuers ne paye ordinairement chose quelconque à son Prince: il est vray que quand il est besoing, elle le secourt et sert en ses affaires largement auec les autres Estats du pays deBrabant: Voire quelquefois s'est elle offerte de soy et sans support des autres, de luy fournir et cent et deux et iusqu'à trois centz mille Ducatz: et lors qu'elle luy accorde quelquefois

(comme elle a fait assez souuent) quelques impostz et daces extraordinaires : le Prince outre l'impost et assiete que la ville enfait sur le vin et bieres venant de dehors,le prend encor sur le pied fourché et choses semblables. Le Prince dauantaige comme duc de Brabant, a les daces qui se leuent sur lesdenrées qui vont et viennent par mer, lesquels s'appellent la Tole deDaces leuees pour Brabant: et lequel dace est affermé ordinairement de quattre en ie Prince quattre ans, et monte communement enuiron dixhuict ou vingt en Anuers. mille Ducats d'afferme par chascune année. Encore leue le Prince enAnuers (comme Comte de Zelande) partie d'vn pareil tribut sur les mesmes marchandises de mer : et lequel se souloit iadis payer en Zelande; mais ores pour la commodité des marchans d'Anuers, on paye icy tous les tributs et gabelles qui se recueillent de toute sorte de marchandise entrant ou sortant par la voye de la mer : mais de celles qui vont et viennent par terre on en paye la dace en autres portz de Zelande : et ce tribut est affermé par an de vingt à vingt deux mille ducatz. Mais hors ce petit tribut (petit le peux ie appeller en esgard au peu Grande que se monte la charge qu'il donne au marchand qui le paye) ny exemption lePrince ny la ville peuuent leuer aucune gabelle sur quelque enAnuers. marchandise qui arriue au port out qui sorte de la ville d'Anuers par terre : qui est pour vray vne belle et priuilegée immunité et exemption. Le Prince iouist encor en Anuers d'vne partie des Quelle Pa- confiscations et amendes des criminels : puis, il a du Patrimoine, trimoine duPrince. tel qu'est le prouffit du lieu où lon bat la monnoye : et la Geole publique qu'il donne à ferme: et autres anciennes proprietez , comme encore il en a par tout le Pays: et sur lequel propos des rentes et reuenus patrimoniaux et leur generalité il me semble que nous en auons assez discouru.

Il est vray que ceux de ceste ville sont le plus communement adonnez au trafic, et font professionde marchandise; et de fait, ils sont grands trafiqueurs, et fort riches: y ayant tel qui a Ceux vaillant deux cens mille; d'autres iusqu'à quattre cens mille d'Anuers plus escus pour homme, et dauantage. Ce peuple est courtois, ciuil, marchands qu' autres. ingenieux, soudain à sçauoir imiter l'estranger, auec lequel facileMeurs de ment il prend alliance: sont gentz propres pour hanter, et d'Anuers. pratiquer par le monde: et la pluspart d'entre eux, et iusqu'aux femmes (quoy que n'ayent sorty du pays), sçauent parler de trois ou quattre langues; sans ceux qui en parlent et cinq et six et sept : qui outre que c'est vne grande commodité, est aussi ceux chosepleinede merueille. Ilzont des artisans et maistres excellens en toute sorte d'artz et des mestiers. Car ils ne sçauroyent tant trauailler, que leurs ouurages ne soyent plustost venduz, que mis à fin : de sorte que, en besoignant beaucoup, l'artisan se rend parfaict en ce dequoy il se mesle. Or quels et de quel nombre sont les Mestiers qui s'exercent par effect en ceste ville, on le peut exprimer par vne seule parolle, disant toutz: Car là seArtisans font toute espece de vaisseaux et nauires, et de toute capacité etdrAnuers portée; diuerse draperie, des toiles de tout pris, tapisserie, des diuersité. tapis de Turquie ou imitez tels, des fustaines: de toutes sortes d'armes, et munition de guerre, cuirs, taintures, paintures, couleurs, dorures, argenterie, verrieres à la Venitienne, et en grand quantité ; tout gentre de mercerie et passementerie d'or, d'argent, de soye, de fil, et de laine, et d'infinis metaux, et autres choses innombrables. On y fait encor de toute espece de draps de Soye, comme Velours, Satin, Damas, Taffetas, et autres : mais ce qui plus est, que, contre la nature presque et contre la disposition de l'air du pays, il font et tissent la mesme Soye, bienqu'en petite quantité : mais celle qui leur vient de dehors (qui est d'inestimable valeur) ils la mectent en œuure en toutes façons et manieres. Ils affinent (en somme) auec grande industrie et artifice, les Metaux, la Cire, et le Succre, et autres marchandises. Et c'est icy que sur tout autre lieu on fait au vray et parfaitement le vermillon, que nos Toscans appellent Cinabro. Pour les mestiers moindres et plus vils, il y a en ceste ville vn tresgrand nombre d'Artisans: de sorte que pour demonstrer la grandeur de ceste ville, il m'a semblé bon de vous specifier le nombre des chefs et maistres des boutiques d'aucuns mestiers les plus cogneuz, et communs, et necessaires, qui ores se trouuent icy ; affin que par la cognoissance de ceux cy, on puisse iuger de la multitude du reste. Il y a donc cent soixante Grand de neuf maistres Boulangers : Soixante et dix huit Bouchers : nombre Chasse-marees, ou vendeurs de poisson marin, soixante etmestiers enAnuers. quinze : et de Vendeurs de poisson d'eau douce il y en a seize communs ou dixsept: Cent dix que Barbiers, que Chirurgiens : Tailleurs d'habitz et Chaussetiers cinq cens nonante et quatre : Il y a six vingtz quattre Orfeures; sans vn grand nombre de Lapidaires, et autres Tailleurs et Graueurs de pierrerie : lesquels font (pour Vray) des œuures admirables, et des entreprises, et achaptz incroyables de ioyaux, et tels, qu'il n'est aucun qui n'en fust estonné : Aussi ils se trouue plus de tels hommes en ceste ville qu'en plusieurs grandes Prouinces. Quant aux Paintres et Graueurs, soit en bois, cuiure, ou airain, et autres de diuerse profession de painture et sculpture, il y en a enuiron trois cens Maistres: des Merciers et Contreporteurs le nombre en est infiny.

Toutz ces artz et manufactures sont de grand prouffit pour l'entretien commun: entant que par ce moyen la ieunesse est empescheé de se gaster par plaisirs et oisiueté : et que les espritz d'icelle sont subtiliez et esueillez, et deuiennent amoureux de Belle et leur propre Patrie. Aussi en a lon veu de meruueilleux exemples de pieté en ceste ville : et mesmement y aduenant quelque mesauenture, et desordre : d'autant que pas vn des hommes de bon esprit et vertueux n'a failly à se trauailler pour le salut et fortpropreconseruation de sa Patrie. Et de faict, vn gouuernement bien similitude.

appuyé est tout ainsi que le corps humain assailly de fascheries et de maladies, et que neantmoins se soustient et supporte de soy mesme, et de son sang et propre vigueur. Aussi vne cité ayant ses membres et citoyens adonnez dés leur enfance au trauail et au prouffit, se gouuernant, et maintenant et en paix et en guerre auec et par ses forces, et sa substance : entant que l'amour et affection que chascun porte à son pays, est celle qui est cause de son trauail, soing et diligence; et le cœur et desir qu'il a de conseruer ce qu'il a acquis en trauaillant, le faict ialoux du public: de sorte qu'il veille incessamment pour la conseruation d'iceluy; cognoisant que le bien, salut, et soustien des particuliers, gist et consiste en l'asseurance et force du public: et les deux si bien iointz ensemble, que l'vn ne peut estre debout, sans que l'autre ne soit en son entier. Pour ce ceuxcy estantz tous ententifz au gaing, ils employent des deniers non seulement en marchandise et au trafic, ains encor à bastir, à achepter terres et possessions, et en toute sorte agrandir leur estat, et richesses : ce qui fait que de iour à autre la ville va en accroissant, et florist et s'agrandist à merueilles. Au reste, quoy que vne bonne partie des moindres, et autres aucuns plus seueres, viuent, suyuant l'ancienne coustume de se nourrir et EnAnuers traicter escharsement: si est ce qu'on y vit à present tressomon vit trop som- ptueusement, et (peut estre) plus que la raison ne le requiert : ptueuse- et hommes et femmes, de tout aage, y vont tresbien vestus, ment. chacun selon ses forces et qualité, vsans tousiours de nouuelles et gentilles façons, mais beaucoup plus richement, vainement, et Superfluitez duiteits en superfluement que la ciuilité et l'honnesteté ne le peuuent ou Anuers.

doibuent souffrir. On y voit à toute heure des nopces, festins, danses, et passetems : on oyt par tous les coings des rues que sons d'instrumentz, chansons et bruit d'esiouyssance : en somme, il n'y a chose en laquelle n' aparoisse la richesse, la puissance, pompe, et magnificence de ceste excellente et illustre Cité. Discours sur les marchands d'Anuers et sur leur trafic et commerce.

Puisque nous auons parlé et discouru et du gouuernement de la ville, et des mœurs et façons de vie des habitans en icelle : c'est raison que nous arrestons vn peu sur le trafic, affaires et maniere de faire qui sont entre les marchands estrangers, trafiquantz en ceste ville : veu mesmement que son principalGrandeur d'Anuers fondement consiste en la marchandise, et qu'icelle est illustrée, consiste et agrandie, et enrichie par les estrangers. En premier lieu enmarchandise. donc ie dis, qu'en Anuers, oultre les gentz du pays, qui en tres grande multitude y affluent et habitent, et oultre les marchans François, desquels en temps de paix y en vient grande affluence : il y a six nations principales, lesquelles et en guerre, et en paix, chands Quels mary resident, et lesquelles sont le nombre de plus de mille mar- canenten chands, y compris leurs principaux facteurs, et ministres. Et Anuers. ceux cy sont les Allemans, les Danoys et Osterlins ensemble, Les Italiens, Espaignols,Angloys, et Portugais: mais il y a (peut estre) plus d'Espaignols que d'autre nation, comme aussi sans mentir, il y en a plusieurs d'entre eux, qui s'y sont mariez et domiciliez.

Toutz ces marchands obseruent les loix et ordon- nances de la ville: et quant au reste, chascun vit, se vest, et se maintient librement à sa fantasie : et à dire vray, les estrangers viuent en plus grande liberté icy en Anuers, et par tous ces Pays bas, qu'on ne faict en quelque autre pays que ce soit de tout le monde. De sorte que c'est vn cas merueilleux, de voir vn tel meslange d'hommes, de si diuerses humeurs, et qualitez: et plus encor d'ouir vne telle varieté de langages, et si differents l'vn de l'autre: tellement que, sans loing voyager, en vne seule ville, vous pouuez voir, et s'il vous plaist imiter, le naturel, façons de vie, et coustumes de plusieurs nations loingtaines ; et par ce moyen auient il, que pour le grand nombre d'estrangers qui abordent icy, on sçait tousiours en Anuers des nouuelles de tout ce qui passe par le reste des prouinces de l'Vniuers. Les plus riches et renommez d'entre touts ces marchands sont les Fouquers Fouquers, Alemants d'Ausbourg: le chef de la famile desquels, maison riche a sçauoir le Seigneur Antoyne (prince sans doubte de touts les d'Ausmarchands de ce siecle) mourant n'aguere en son pays, laissa bourg. par testament à ses hoirs plus de six millions d'escus d'or vaillant : oultre tant d'autres grandes richesses qui abondent en celle illustre famille, et icelles conquises durant l'espace de soixante et dix ans au trafic, commerce, et exercice de marchandise. De maniere que ces Fouquers sont montez et paruenus à de hautz degrez, et dignitez d'estatz, et Seigneuries, non seulement en Allemaigne, ains encor en plusieurs contrées et prouinces d'Europe, voire et iusqu'au nouueau monde. Mais auant que passer oultre, ne faut laisser de dire ce mot, que ny les Roys d'Espaigne, nyde Portugal, ny la Royne d'Angleterre, desdaignent de tenir facteurs en ceste compaignie de marchands, que sont hommes qualifiez : et lesquels facteurs pour les affaires de leur Maiestez negotient et traficquent tout ainsi que le reste des marchands. En premieur lieu le Roy Catholique y en tient deux, chacun ayant charge et maison à part, et pour soy particulière, et des agentz et ministres pour les y seruir. L'vn desquels est à present le Seigneur Gaspar Schetz mentionné cy dessus : et l'autre est le Seig. Iean Lopez Gal, Baron de Male, Gentilhomme et riche, et de bonne reputation. Ceux cy ont amples pouuoirs, et procurations du Roy, lesquelles contiennent en substance, qu'ils peuvent prendre en depost, change, ou autre maniere telle que leur plaira, et telle somme de deniers, à prest, qu'il leur semblera bon, pour quelque temps, et obliger le Roy et en general et en particulier, sur certains lieux, obligez au crediteur en quelques prouinces sujettes à ceste sienne Maiesté ; tellement qu'il n'y a pas longtemps que les facteurs d'icelle tiroyent de la Bourse vne infinie somme de deniers, qu'en temps et lieu ils rendoyent suffisamment. Le Roy de Portugal n'a icy qu'vn facteur seulement, mais iceluy homme d'honneur, et de grand respect, tel qu'est à present François Pesoa,gentilhomme de qualité ; lequel a aussi procuration trescertaine de son maistre, pour pouuoir prendre telle somme et quantité qu'il voudra et de deniers et de marchandise, obligeant la couronne de Portugal : et par ce moyen n'aguere ce Roy tiroit d'icy tout ce que bon luy sembloit ; et le temps passé, que ce Prince (peut estre) estoit plus endebté, et auoit plus d'affaires, que maintenant, ses facteurs (telle foys a esté) ont emprunté à ceste Bourse en vne foire plus de troys millions d'escus, qu'ils ont tousiours rendu au terme prefix sans y faillir en sorte quelconque. Mais comme depuis quelque temps en ça ces Roys se soyent trouuez en arriere et fort chargez de debtes; le Portugais, à cause des guerres et entre- prises des Indes : et l'Espaignol pour auoir eu affaire contre les Françoys, et les Turcs; outre ce estans par trop chargez des vsures excessiues de ces insatiables gouffres d'auarice, qui les ont mal traitez : il semble aussi qu'ils se resoluent de payer auec vn peu de commodité que le temps leur pourra offrir : et ainsi leurs facteurs maintenant se tiennent sans rien faire en la place, en ce qui concerne le faict des negoces de leurs maistres, des- quels ce pendant ils attendent d'heure à autre la resolution entiere. Quant à la Royne d'Angleterre, puis quelques années en ça elle tient icy pour facteur M. Thomas Grassan, Cheualier d'honneur, lequel encor auec sa procuration suffisante a leué de cesteBourse, pour icelle Royne, de tresgrosses sommes d'argent, ausquelles elle satisfait, et les paye parfaictement. Venans desormais a discourir du grand maniement et trafic de marchandise, qui se faict ordinairement, et tous les jours en Anuers : ie dis que tous ces marchands, soyent estrangers, ou du pays, sont vn commerce, trafic, et incroyable, et merueilleux, tant en eschange qu'en depost de marchandise : et pour ce nous deuiserons briefuement du moyen qu'ils y obseruent, qui est tel que s'ensuyt : faitle Comme se Et soir et matinils vont à heure certaine à la Bourse des Angloys : trancen et là l'espace de plus d'vne heure à la foys, par le moyen des Anuers. truchements de chascune langue (desquels y en a grand nombre :) ils traictent sur l'achapt et vente de toute sorte et espece de marchandise; et apres vn peu plus tard, ils vont à la nouuelle Bourse, qui est la place principale; et là l'espace d'vne heure, et par les mesmes interpretes des langues, ils parlent et traictent particu- pays Pouryquel a il lierement des deposts et des changes. change en Or y a il change pour plusieurs endroits d'Italie,comme pourAnuers. Rome, Venize, Milan, Florence, et Genes : pour l'Alemaigne comme pourAusbourg, Noremberg, et Francfort: pour plusieurs lieux d'Espaigne, à sçauoir par la voye des quattre foires ; deux de Medine del Campo, vne de Villalon, et vne de Medina de Riosecco: encore y en a il pour Burgos, Calys, Seuille et Lisbonne.

On change aussi en diuers endroictz de France, Quesignicomme és quattre foires de Lyon, pour Paris, et pour Rouen : et fie change en cest en outre pour Londres et Besançon. Et consiste ce change en endroit.

substance de donner ou receuoir icy en Anuers, tel nombre de gros de la monnoye de ce Pays, qui font vn Escu, vn Ducat, ou vn Angelot, pour rauoir ou rendre par les villes ou d'Italie ou Pourquoy d'autre Prouinces quasi la valeur mesme : et pour autant donnant inuenté lechange. ou prenant pour recouurer ou pour payer, cela s'appelle proprement Change. Etfut ceste façonde faire inuentée principalement pour la commodité du trafic: mais la malice de plusieurs marchandz, et sur tout des plus riches, ne s'est contentée de cest aise et belle commodité ; ains poussez d'vn glout et insatiable desir de gaing extraordinaire, a alteré aussi et corrompu ceste honneste façon et ancienne maniere de change. Car faisants grand amas de deniers, ou en donnant a l'interest, ou en empruntant, sans Corruption en auoir besoing aucun, font de sorte et violemment et finement des changes .

restraindre ou abonder l'argent à leur proffit particulier et au dommage et preiudice vniuersel : et toutesfoys cest vsage de change ordinairement est non seulement tolerable, mais commode et de grand prouffit, et ne peut (suyuant que disent les Interest Theologiens), estant pratiqué deuëment, porter nom de gaing iniuste: d'autant que le plus souuent on y gaigne peu et encor auec grand hazard, et peril: et telle foys on y perd du fondz, et principal de la chose. Mais disons en vn mot ce que les marchands appellent icy Depost. Ils nomment à present (pour couurir l'infameté de la chose auec vn tiltre specieux) Depost, quand on donne vne somme de deniers à quelcun pour certain temps moyennant pris Permisparet interest limité et determiné, asçauoir (suyuant l'ordonnance Charles cinquiesme.

et permission de l'Emp. Charles Ve confirmée par son fils le Roy Philippe) à raison de douze pour cent par an. Lequel interest fut permis par ces Princes aux marchands, durant la difficulté et danger des temps perilleux, pour obuier à plusgrandes incommoditez et malheurs: mais le temps et l'experience (outre les anciens exemples) font voir que ce lourd interest estant encore corrompu, alteré et augmenté, par la malice et tyrannie des hommes en plusieurs sortes et manieres, est aussi chose griefue, et degrandpreiudice aux pauures gentz, et vn grand abaissement pour le commerce et trafic de marchandise: et certes ceste maniere de contracter redonderoit au bien public si les presteurs se contentoyent de prix et gaing honneste, comme de six, ou six et vn quart pour cent, suyuant la permission d'iceux Emp. et Roy, donnée aux Gentilshommes, et autres qui viuoyent de rente, ou que encor on leur accordast quelque chose d'auantage iusques

à huict pour cent. Mais ne se contentans de ce gaing, ils outrepassent le plus souuent toute limite de raison et honnesteté, et Malheurs font que ces depostz sont autant d'incommoditez et de violences. les causez par depostz Iadis les gentilshommes pecunieux souloyent employer leurs estz. et interdeniers en terres et possessions, à faire bien cultiuer, ou en bestail, ou choses semblables : esquelles plusieurs estoyent embesoignez, et nourris, et qui enrichissoyent la contrée. Les marchands encor, qui abondoyent en pecunes, enuoyoyent et faisoyent venir marchandise abondamment de touts costez, et en fournissoyent

ça et là, où ils voyoyent que le besoing le requeroit : et en ce grand et abondant trafic, on faisoit trauailler et gaigner plusieurs pouures de toute qualité : si bien que le pays s'emplissant de tout bien, et les villes fournies suffisamment de toute sorte de marchandise, voyoyent leur reuenu augmenté, comme aussi estoit celuy des Princes. A present partie de la noblesse, ayant deniers comptans, allichez et corrompuz de l'esperance d'vn si grand et certain proffit, que celuy qui court en ce temps par le moyen de ces depostz excessifz et vsuraires, donnent leur argent à l'interest, secretement (car cela leur est defendu par les loix de laNoblesse), ou le font donner par autre pour eux à vsure : Voire et plusieurs marchands, poussez de mesme occasion, et pour euitertrauail, et les fascheries, et les hazards, donnent leur argent à interest trop ferme et violent, ou le liurent au plus haut que peuuent, par lettres de change. Et de là aduient du costé de la Noblesse, que plusieurs terres sont demourées en friche, ou sans estre deuëment cultiuées, n'y ayant nombre suffisant de bestail : ce qui cause cherté de viures et quelque foys malheur au public.

Et pour l'esgard du marchand, le pays n'est plus fourny suffisamment de denrées et marchandise : ce que (outre d'autres maux) faict que encor celle, qui est au pays, est plus cherement VOL . III .

vendue, et le plus souuent, à prix excessif et hors des limites de raison, tout ce que dessus redondant au tresgrand dommage du corps de la Republique, et sur tout des pauures, lesquelz en plusieurs manieres sont mangez et rançonnez par les riches. De cecy on pourroit alleguer des exemples assez clers et euidentz, mais pource qu'on en voit souuent les effectz, et auec plusieurs faultes et desordres, pour ne fascher aucun, nous n'en parlerons point d'auantage. Ainsi reuenans à propos du commerce, ayans declairé en quelle sorte les marchands gaignent indeuëment, et nuisent au public: il fault aussi dire comme infiniz d'entre eux trafiquent iustement, gaignent sans iniquité, et portent proffit au monde, et cecy seulement par le moyen du trafic de marchandise, qu'ils acheptent en abondance, debitent et vendent loyaument, et font venir de touts endroitz, et l'enuoyent par diuers lieux et contrées. Desquelles marchandises les plus dignes et d'importance, qui d'Europe et aultres parties du monde vont et viennent tous les iours, par mer et par terre en ce pays, la chose estant de grand effect, et maniée principalement par les marchands residentz en Anuers et conduitz en ceste mesme ville, il fault aussi en faire quelque mention: veu mesme que de la cognoissance d'vne telle varieté, et abondance de toute chose, on De quoy ceux d'Anuers n'en peut recueillir pour le liseur, sinon plaisir, accompaigné de quelque proffit. En premier lieu nous disons qu'il irent icy par terre vne infinie quantité de marchandise d'Italie, laquelle est de valeur inestimable: et d'icy on en enuoye par delà d'autres sortes, qui sont de tresgrand prix : Mais venons a particulariser les choses, suyuantz non la Geographie, et description des lieux, ains la preference des peuples, et de l'estat Ecclesiastique. Il ne s'apporte de Rome icy marchandise aucune de prix, mais ac- sontmodez d'icy on enuoye à Rome, comme draperie de plusieurs sortes, des Italiens tapisserie, sarges, ostades,¹ demy ostades, et toiles, et plusieurs autres biens et denrées .

D'Anconne on enuoye par deça des camelotz à ondes, et sans ondes, de plusieurs sortes ; de l'espicerie, des dogueries, soyes, coton, feutres, tapis, maroquins, et couleur Indienne, qui sont toutes denrées qu'ils recouurent de Leuant. En lieu desquelles ceux d'Anuers leur fournissent grande quantité de draps li.e. worsteds.

d'Angleterre, et de ce païs mesme, et sur tout des draps des quatre couleurs d'Armentieres : des sarges en assez bon nombre, des ostades, des toiles, et quelques tapisseries, et des couleurs de Cramoisi appellé Cuchenille, qui vient d'Espaigne, duquel on leur fournit pour vne grande somme d'argent.

DeBouloigne on nous mandeicyforcedrapsde soye, et des draps d'or et d'argent, des bonnetz, des crespes et choses semblables : et d'icy on leur fournit des sarges de toutes sortes, des demy ostades, tapisseries, toiles, mercerie, et quelque peu de draperie.

Les Venitiens departent en ces quartiers de l'espicerie, comme cloux de Girogle, Cannelles, Noix muscades, Gingembre, et assez de drogues telles que sont Rheubarbe, Aloe, Casse, Agaric, sang de dragon, Momie, Sené en feuille, Coloquintes, Scamonée, Tutie, Mithridat, et Teriacle ; lesquelles choses ils tirent toutes de Leuant. Auant que le Roy de Portugal eust osté le trafic de Leuant aux Venitiens, ils souloyent conduire par mer toute l'espicerie et droguerie, qui venoit par deça: de faict ie trouue que dés l'an 1318 arriuerent en ce port d'Anuers cinq galeasses Venitiennes chargées d'espices, et drogues, lesquelles y venoyent à la foyre. De Venize encore on portoit icy de tresbeaux et tresriches draps de soye: des soyes cuittes, et cruës, des Camelots, des grograins, et sans ondes; des tapis, des Samis, merueilleusement bien faicts ; des excellentes Escarlates, des Cottons, Comins de l'Ebene, et autres merceries tant de soye qu' autrement; et dauantage portoit on de l'Asur et autres couleurs propres à la teinture et à paindre. D'icy auant on enuoye à Venize des ioyaux et perles, draps et laines d'Angleterre en assez bon nombre, quoy que par le moyen de la mer ils s'en puissent pourueoir d'euxmesme. On y enuoye dauantage des draps de la façon de ces pays, de plusieurs sortes ; comme encor des sarges de Honscot, de Lille, d'Arras, de Valenciennes, de Montz, et autres lieux: des ostades et demy ostades, toiles et tapisseries de couleur Cramoisi pour vn grand prix et somme ; et diuerses especes de mercerie, et mesnage de maison. Voire y enuoye l'on souuent du succre, et quelquefoys du poiure. Du Royaume de Naples on enuoye icy quelques draps de soye, et des soyes filées et à filer : et outre ce quelques gentiles pele: Et teries, et du saffran de l'Aquila, et de la manne excellente 11* d'icynous leur donnons en recompense assez des draps de ce Pays, et de ceux d'Angleterre : toiles infinies, sarges, ostades, demy ostades, tapisserie, et plusieurs merceries tant de metaux, que d'autres choses.

Du Royaume et Isle de Sicile on nous apporte icy, et par mer, et par terre, grand quantité de noix de gale, du comin, oranges, coton, et des soyes : quelquefois encor porte l'on des vins de plusieurs sortes, comme Maluoisie et aultres semblables. Et de par de là nous enuoyons grande quantité de draps, et de toiles, sarges, tapisseries et innumerables merceries de metal et de diuerses autres sortes .

De Milan et pays sujet on fait venir icy de l'or et argent filé pour beaucoup de deniers : des draps de soye et d'or de diuerses sortes, fustaines, et basins de grande et diuersifiée bonté, des escarlates, estametz, et autre fine et subtile draperie : du Ris tresbon et en grand nombre : des excellentes armeures de toute sorte et calibre, et de plusieurs sortes de mercerie, et icelle de haut pris, iusqu' au fourmage Parmesan, qui est marchandise d'importance. Par de là on enuoye du poiure, et succre: des ioyaux, musc, et autres odeurs : quantité de draps d'Angleterre et de ceux de ce pays; abondance de sarges de toute espece; demy ostades, toiles infinies, tapisseries, la couleur Cramoisie, et encor auec cela des laines d'Angleterre, et d'Espaigne. Florence nous fait largesse de ses draps d'or et d'argent, frizez et non frizez, brocatz, et autres draps de soye beaux et riches : or et argent filé: des draps appellez Rasses, qui sont bons et de longue duree : des soyes nommees capitons doubles et filoselles, des peaux fines, des martres et faines, et autres gentilesses de fins ouurages. es. Et nous leur enuoyons des sarges de plusieurs sortes, demy ostades, toiles, et lins, des esuentoirs ; des frises, et laines d'Angleterre, bien que pas la voye de la mer ils en soyent mieux pourueuz sur le lieu mesme.

De Genes l'on nous depart icy vne grande quantité de velours de touts pris, qui sont les meilleurs et mieux faitz qu'on puisse voir, et qui se facent : ilz nous enuoyent de tresbons et fins satins ermoisins, et autres sortes d'estoffes de soye. De là aussi nous vient le Corail plus excellent, et le meilleur Mitridat, et plus vraye Teriacle qui soit pardeça. Nous fournissons les Geneuois dedraps, tantde ce pays, que d'Angleterre; sarges, demy ostades, toile, tapisseriè, mercerie, vtensilles, mesnage, et meubles de maison.

On conduit aussi pardeça de Mantoue des draps de soye ; et la mesme soye sans façon, et en laine : des bonnetz pour vne grande somme d'argent, et plusieurs autres denrées : et nous leur departons des choses du Pays, qu'auons cy dessus alleguées. On voit aussi porter d'autres villes d'Italie, comme de Verone, Bresse, Vicence, Modene, et autres, des denrées cy dessus nommées, et d'autres, que ie laisse pour n'estre point trop long. De Lucques quelque fois on nous apporte des draps d'or et d'argent : mais d'ordinaire, ils nous fournissent de draps de soye, et en quantité et de diuerses façons, bien que les estoffes soyent legeres et mal fournies. Et de nous ils ont et reçoiuent des marchandises de ceste contree.

D'auantage on ameine d'Italie en ce pays, par mer, les aluns de Ciuita vecha: les huiles de la Pouille, de Gennes, etde Pise :

des gales, et gommes diuerses, cotons, comins, sené en fueille, des flames (que les Florentins nomment Diaggiuolo), du soulphre, de l'or, piment et autre grosserie. Et par la mesme voye de la mer nous leur enuoyons de l'estain, du plomb, de la garance, du bresil, cire, cuirs, lins, suif, poissons salez, et du bois beau et propre à mectre en ouurage, et d'autre : et quelquefois des bleds, du fourment, du seigle, des febues, et legumage. Nous sommes fournis par terre de l'Alemaigne d'argent solide, et en lingotz : d'argent vif, du cuiure crud et affiné en quantité presque incroyable: laines de Hesse qui sont tresbonnes et tresfines : du verre, des fustaines montans à vn grand pris : des pastels, garances, safran et autres choses propres à taindre ; du sal-nitre, force mercerie et meubles de mesnage beaux, et merueilleusement bien faitz : de toute espece de metaux, et qui montent à la valeur d'vn thresor inestimable ; des armes pour offencer et se deffendre, et de toutes sortes, et pour vne somme infinie de deniers. Viennent aussi d'Alemaigne en ces quartiers des vins du Rhin, blancs de couleur, de grande importance pour le trafic, excellens au goust, prouffitables à la santé, et propres pour ladigestion: et de tel naturel qu'on en peut boire deux fois plus que de tout autre vin, auant qu'ils nuisent, ny à la teste ny

à l'estomach. En reciproque, nous leur enuoyons de la pierrerie et perles, grande quantité d'espicerie et droguerie, safran, et succre, des draps d'Angleterre, comme chose rare, et de hault pris, et bon nombre de ceux de ce pays: d'auantage des sarges, des ostades, et demy ostades, tapisserie, toiles infinies, et mercerie de toute force.

Par mer on nous ameine icy de Dannemarch, d'Osterlant, de Liuonie, Norwege, Suece, Poloigne, et autres pays, regions, et Prouinces Septentrionales, des biens et richesses inestimables. En premier lieu les grains, bled et seigle pour vn thresor de grande valeur ; assez de cuiure et airain, du sal-petre, du guede, du vitriol, garance, laines excellentes d'Austriche, lins, miel, poix, cire, qui montent à hault pris ; soulphre, cendres, qui sont marchandises de tresgrande importance: fines peaux, et tresbelles de toutes sortes, comme de martres soublines, de hermines, loups ceruiers, leopards, faines, de renards blanc fort beaux, de renards communs et ordinaires, des loups blancs, et des ordinaires, et iusques aux peaux de plusieurs especes de poissons : des cuirs de toutes bestes en tresgrande quantité, specialement de buffles, voire des peaux des ours pour s'en seruir en guerre: du bois fort beau, et bon pour tout ouurage, et mesmement pour faire nauires et vaisseaux : y en ayant d'vne espece, qu'ils nomment Waghe- Waghescot, qui est beau, et tout aussi madré que le noyer mis en scot besoigne ; duquel Wagescot on vse pardeça en mille choses, tant pour ce qu'il est merueilleux en bonté, de longue duree, qui arore.

iamais ne se fend, ny deuient vermoulu, que par extreme vieillesse ; et duquel on enuoye iusques en Italie. On nous conduict encor icy de ces pays là grande quantité de biere et ceruoise de grand pris et estime; des chairs salées, du poisson salé et seché à la fumee, au soleil, et au vent, voire et par la mesme glace et froidure. Nous apportent encor de l'ambre iaune, pour grande somme d'argent, qu'on appelle mal à propos icy Ambre de Danzick, à cause que là on le met en œuure : et toutesfois est il conduit de bien loing, et de plus de cent milles ...

d'Italie.

Des susdittes Prouinces Septentrionnales on nous apporte icy tant de sortes de denrées en gros, que si nous voulions en faire le denombrement entier, peut estre aurions nous faute, et du temps et loisir, et des noms des choses qu'elles nous eslargissent. Versces quartiers là nous faisons conduire de tresgrande quantité d'espicerie, droguerie, de saffran, succre, sel, draps d'Angleterre, et de ce pays de sarges, ostades, demy ostades, fustaines et toiles, de la pierrerie, draps de soye, et d'or, des camelotz à gros grain et de toute sorte: quelque tapisserie ; assez de vins et principalement de ceux d'Espaigne, de l'alum, du bresil, de la mercerie, et des meubles de mesnage en abondance. DeFrance il nous vient icy par mer force sel de Brouage : assez France Dequoy la de pastel de Tholouse qui est tresbon : des Caneuaz et autres fournit toiles grosses de Bretaigne et Normandie pour vn prix et valeur Anuers. inestimable : des vins blancs et clairetz de diuerses contrées et iceux fort bons, sains, delicatz, et nourrissans: des huiles, saffran et grane de Prouence, melassy, termentine, poix, papier à escrire de plusieurs sortes, et d'endroitz diuers, pour vne grande somme d'argent: des voirres, des pruneaux, qui est vn trafic d'importance: et abondance de Bresil que les Françoys, auec grand hazard de leurs vies, vont querir iusques en l'Amerique : lequel pays est sirnommé du Bresil, à cause de ceste arbre : et lequel pays (comme ailleurs nous disons) apartient au Portugais, quoybasty Fort iadis par que les mesmes Françoys y ayent dressé leur nid et retraite, yles Fran Ameribastissans vne belle forteresse. On apporte encor de France par cois er en terre plusieurs dorures bien et artificieusement elabourées : quel-que. ques draps tres-fins de Paris, et de Rouen : des Cramoisis de Tours, Bouratz de Champaigne: force filet de Lyon, et du chanure, qui sont denreés fort prisées: du verdegris de Montpellier, qui est tresbon ; et outre ce plusieurs sortes de mercerie de grande valeur et amenée de diuers endroitz et contrées d'iceluyRoyaume. Auquel nous distribuons des pierres precieuses, et des perles, de l'argent massif, et en lingots : argent vif, cuiure, du bronze, du letton et en œuure et sans œuure; du plomb, de l'estaing, du vermillon, de l'azur, de la couleur Cramoisie, du soulphre, sal-petre, et vitriol, camelotz, gros grains et de Turquie :

draps d'Angleterre de plusieurs sortes, et mesmement des carisez, Ce qu'on frises et sayetons; voire et des draps de ce pays en granded'Anuers envoye quantité frisez, et à friser; toiles fines de grande valeur, sarges en France.

de toutes façons; assez d'ostades et demy ostades, tapisseries, laine d'Austriche, cuirs, pelleterie, cire, garance, hoblon, suifz, chairs seiches, et force poisson salé.

D'Angleterre on conduyt icy grande quantité de draperie, comme carisez, et autres sortes tant de fins draps que grossiers, des franges et autres choses de grande valeur : des tresfines laines; tresbon saffran, bien qu'en petite quantité ; de l'estaing, et du plomb pour beaucoup d'argent ; peaux de moutons, et de connils sans nombre, et autres sortes diuerses de belle pelleterie et quelques cuirs: des bieres assez, des fourmages, et autres viures en gros ; voire iusqu'à la Maluoisie que touts les ans on conduit de Candie en celle Isle Angloise. Vers laquelle ceux d'Anuers enuoyent plusieurs ioyaux, et pierreries, de l'argent non ouuré, argent vif, draps d'or, d'argent et de soye ; or et argent filé, camelotz, grosgrains, et de Turquie; espicerie, droguerie, succres, coton, comin, noix de galle, des toiles fines et grosses : sarges, demy ostades, tapisserie, garance, hoblons en grande quantité : assez de voirre, poisson salé, toute sorte de mercerie de metal, et autre matiere estant de grande valeur : armes de toutes façons, et munitions de guerre, et iusqu'aux meubles et mesnage des maisons . D'Escosse on nous fournit de grand nombre de peaux de mouton et de connil, et autres sortes de fine pelleteriede diuerses petites bestes, et sur tout les plus belles martres, que (peut estre) on sçauroit trouuer ailleurs. Nous amenent encor force cuirs, quelques laines et drap, mais mal faitz : des perles belles et grosses, mais non si cleres, blanches, ny de tel prix et valeur pour beaucoup, que sont les Orientales. Nous n'y enuoyons guere grande chose, tant pour ce que les Escossois sont pauure, que pource qu'ils se fournissent en France et en Angleterre : toutesfois leur enuoyons nous quelques espicerie, des succres, de la garance, quelques draps de soye, des Camelotz de toute sorte ; des sarges de plusieurs façons; des toiles et mercerie. On nous enuoye d'Hirlande des cuirs cruds et secs en grande quantité, et de plusieurs genres de bestes, comme de bœufz, vaches, et moutons, de fine pelleterie: quelques draps de peu de valeur, et autres choses grossieres et de non guere grand effect.

Et nous leur distribuons des mesmes denrées qu'a l'Escosse ; à cause qu'ils se fournissent en Angleterre.

L'Espaigne nous eslargist innombrables especes de marchan- Ce que dise, des pierreries, et perles de diuerses estofes, et qualitez, apporte etl'Espaignol en prix, que les Espaignols apportent de leurs Indes Occidentales, Anuers. du Peru, appellé l'Amerique et Nouueau monde: lesquelles perles et pierreries, venantz de là, sont grandes, et belles : mais non de telle perfection que les Orientales. Il nous font part aussi de grande quantité d'or et d'argent pur, massif et mis en lingotz, que pour la pluspart ils tirent de ce Nouueau monde, et heureuse terre nouuellement descouuerte ; comme aussi la couleur cramoisie qu'ils nomment Cucchenile : portent aussi de ce pays loingtain la racine appellée Salseparille tant requise par les medecins : comme encor, le Boys sainct ou Gaiac.

On nous enuoye aussi d'Espaigne assez de saffran, quelque droguerie, de l'escarlate, force soyes crues, et non filées, des draps de soye de toutes façons ; sur tout des veloux de Tolede, et des tafetas, du sel, de l'alun de Mazzeron, de l'orcille de Canarie; laquelle herbe à herbe Orcille taindre est nommée Raspe par les Florentins : des laines tresfines, tindre. du fer, du cordouan; plusieurs sortes de vins blancs comme Bastardz, et de Romaine, et autres especes qui sont bons, friands, sains, et delicatz ; des huiles doulces et grasses pour la drapperie ; vinaigres, miel, melassi, gommes d'Arabie, sauons ; et si grande quantité de toute sorte de fruitz, et frais, et secs, comme Orenges, limons, citrons, grenades, oliues, melons, cappres, dattes, figues, raisins, amandes, qu'on en fait par tout grand traffic et marchan- dise. Les Espaignols nous fournissent encor vins et succres de Canaries, qui sont ces Isles que les anciens ont appellees sont Canaries les Fortunées, ou heureuses ; du midy desquelles Ptolomée et autres Isles Cosmographes prennent la longitude de la terre, et lesquelles fortunées. Isles sont ores des apartenances de la Couronne d'Espaigne.

Vers lequel pays ceux d'Anuers enuoyent de l'argent vif ; bien que le temps passé, il nous en vint d'Espaigne grande quantité pardeça: cequi procede pour autant que quelque mine et veine d'icelle, s'estans desechées, ont defailly: ioint qu'ils en ont plus mis en besoigne qu'ils ne souloyent. Nous leur enuoyons du cuyure, du bronze et du letton, et cruds et en œuure; de l'esta- De quoy ing, du plomb, draps de plusieurs sortes, et en abondance, de nuers ceux qui se font en ce Pays, et principalement en Flandres, l'Espaigne.

et quelques vns d'Angleterre : des sargesde tout prix, et de toutes sortes; ostades,demyostades,tapisseries, fines toiles, et grossieres, pour beaucoup de deniers: de toute espece de camelotz, du lin, du fil, cire, poix, garance, suif, soulphre, et souuent du bled et du seigle, chair et poisson salé, et iusqu'au beurre et au fourmage : puis toute espece de mercerie de metal, de soye, de filoselle, et autres, pour vne somme merueilleuse ; d'argent assez bonne quantité ; d'argenterie mise en œuure: des armes offensiues et deffensiues : toute sorte de munitions de guerre, et des meubles pour le mesnage, comptant des choses moindres iusques aux plus grandes qui sont necessaires à tel faict. En somme, on peut dire que la plusgrande partie d'Espaigne prend en ces pays toutes choses qui sont de manufacture ordinaire, et qui consistent en l'industrie et trauail de l'homme; de quoy les Espaignols de basse condition sont ennemys mortels, au moins en leur pays mesme .

Traficdes De Portugal nous viennent icy la pierrerie et perles Orientales Portugais enringers parfaictes, orpur, massif et batu, espicerie, drogues, ambre, musc, quel. ciuette, yuoire (c'est à dire dent d'Elephant) engrande quantité : rheubarbe, aloé, de l'azur que les Portugais nomment Anil, coton, racines de la China, et autres choses precieuses abondamment ;

desqueles la pluspart de l'Europe est fournie en ce quartier ; et lesquelles les Portugais en premier lieu portent des Indes Orientales, de Calecut à Lisbonne ; et puis ordinairement viennent pardeça. On y ameine aussi des succres de l'Isle de Saint Thomas, assise droitement sous la ligne Equinoctiale : laquelle isle, auec autres en bon nombre, qui font le succre et autres choses excellentes, sont de la conqueste des Rois et Couronne de Portugal. Encor nous est conduit icy le Bresil par les mesmes Portugais ; lesquels ont aussi leur partage en celle partie du Nouueau monde,qui pour raison de cest arbre est dicte Terre du Bresil. Semblablement les Portugais nous apportent la Maleguette et autre droguerie de la coste de la Guineé, qui est en Aphrique, où ils ont vne Seigneurie de non petite importExcellence ance, sans que ie vueille taire les succres, et le bon vin de du vin de Madere, qu'ils nous apportent d'icelle isle leur apartenant, Madere. et lequel est si excellent, qu'il semble que ce soit de la Maluoisie. De leur propre pays de Portugal, ils nous communiquent et accommodent de leur sel, vin, huile, pastel, graine, orcille, et autres plusieurs simples et bons fruicts, et frais et secs, et confitz et mis en Conserue, desquels ils font vn grand denier iournellement. Nous leur enuoyons de l'argent massif, et argent vif, et vermeillon, cuyure, bronze, et letton, mis en œuure et cruds, du plomb et de l'estaing, des armeures, artillerie et autres munitions de guerre ; oret argent filé : ainsi comme du reste des denrées et marchandises que nous enuoyons aussi en Espaigne. En fin iediray comme de Barbarie (region posée en Aphrique) on nous conduit icy du succre, de l'azur, des gommes, coloquintes, cuirs, pelleterie, et plumages tresbeaux, et de plusieurs sortes. Et là ceux de ce pays enuoyent des draps, toiles, sarges , et merceries sans fin ; du metal et autres choses.

Or ne sçauroit on priser ce trafic et maniement de marchandise, ny dire de quelle consequence il est, voire ny penser (tant s'en fault le descrire) de quelle importance et vtilité : toutesfois tacherons nous d'en mectre en lumiere quelque chose de ce qui est en general : et pour ce faire, nous specifierons particuliere- ment la portée d'aucunes denrees qu'on conduit en ces regions, choisissant de chascune prouince des susalleguees, quelque espece de marchandise, non tant des principales, que de celles desquelles par beaucoup de moyens et occasions nous auons tresasseurée cognoissance. Et afin de ne vous confondre en discours, nous laisserons aussi le reste de l'importance de ce Chaos, à fin que le sage liseur y assée son bon iugement ; ou bien qu'vn plus expert et capable auteur entreprenne ceste charge si onereuse. En premier lieu donc, parlans de l'Italie, nous disons que les draps de soye, l'or et l'argent filé, les camelotz, grosgrains et autres, les soyes prestes, et celles qui sont à faire, ces choses seules, sans que nous entrions sur le discours des autres, qui sont conduites icy du pays d'Italie, montent toutz les ans d'ordinaire enuiron à trois millions d'escus d'or.

On y conduict d'Alemaigne si grande quantité de plusieurs sortes de fustaines, qu'ils montent à la valeur de plus de six cens mille escus par an : le vin du Rhin, qui aussi est de là con- duit par tout ce pays; c'est vn cas fort merueilleux du prix que cela monte; et quoy que l'vne fois plus, l'autre moins, si est ce que nous trouuons ordinairement toutz les ans estre menez icy plus de 40,000. tonneaux dudict vin, chascun tonneau tenant six ames d'Anuers, et ces Ames venans chascune à la concurrence de trois Barils de Florence: et le Tonneau venant à raison de trente et six escus, monteroit enuiron vn million et demy d'escus d'or.

De Dannemarck, et d'Osterland, de Liuonie, de Poloigne, et Lastre ou muidde autres pays Septentrionaux, nommez cy dessus, on conduit d'an grain.

en an en Hollande soixante mille lastres ou mesures de grain, et sur tout de seigle : chascun lastre venant d'ordinaire au pris de 40. florins de 56. gros, qui seroyent cinq cens soixante mille liures de gros monnoye de Flandres: lesquelles liures, aualués Vinde France combien et priseés à trois escus piece, font vn million six cens quatre vingtz mille escus d'or. De France on enuoye ordinairement, et par mer et par terre en ce pays, enuiron quarante mille tonneaux de vin de la mesure monté porteen susalleguee, quelquefois plus, quelquefois moins, suiuant qu'il y a bonne saison de vinée et l'an : le prix revient, l'vn portant l'autre, à vingt et cinq escus pour tonneau : ce qui reuiendroit par an à vn million d'escus. On y enuoye plus de quarante Le Pastel mille bales de Pastel ; et mises chascune à sept escus et demy, et sa feroyent la somme de trois centz mille escus. Quant au sel de valeur. Brouage icy conduit, toutz les ans il y en arriue six mille centz, Anuers.

Grand chascun cent contenant cent tonneaux de 225. à 230. liures pour tonneau, plus ou moins, selon que le sel est blanc et net :

nombre de selde Lesquelz six mille centz calculez à trente escuz le cent, viennent Franceau à faire la somme de cent quatre vingtz mille escus. On souloit enuoyer d'Espaigne à Bruges touts les ans plus de quarante mille sacs de laine : mais depuis peu de temps en ça comme les Espaignols se soyent mis à faire plus de draperie que pays de coustume, on n'en enuoye plus tant : de sorte que l'an 1560., que l'escriuoy cecy, il n'en fut porté que vingt et cinq mille sacs ; lesquels à raison de vingtcinq escus pour sac, montent six centz vingt et cinq mille escus. Mais les vins qui nous viennent d'Espaigne, sont de plus grand apport beaucoup que les laines. Nous trouuons qu'on conduict de Portugal en Anuers d'vn an

à autre, pour plus d'vn million d'escus vaillant d'espicerie. En fin parlans d'Angleterre (nous ne ferons estat d'Escosse, d'Hirlande, ny de Barbarie, pource qu'on ne voit icy guere de chose de si grande importance, qui en vienne) et dirons que les laines d'iceluy royaume Angloys (l'estape et trafic desquelles n'aguere se tenoit et faisoit à Calays, et qui est ores à Bruges) reuiennent à plus de mille deux cents serpillieres de plusieurs sortes et prix : ce que calculé monte à plus de deux cents cinquante mille escus par an. Mais c'est vn cas esmerueillable de ladraperie qui est conduitte d'Angleterre en ceste prouince : car il est cler et euident que l'vn an portant l'autre, et raportant les carisez et autres draps menus aux entiers, cela reuient à plus de deux cents mille pieces entieres, lesquelles pour le moins sont estimées vingt et cinq escus piece; et ainsi le tout reuiendroit å plus de cinq millions d'escus par an: lequel thresor prouenant de la draperie, et les laines, auec le proffit et traite de tant d'autres biens que les Angloys apportent par deça, est employé pour auoir de nous celles denrées que nous auons dict cy dessus estre portées en Angleterre. Pour ce considerant et calculant bien ce trafic, ie trouue que tant en baillant, que receuant, le commerce qui se faict de ces Pays auec celuy d'Angleterre (qui est celuy qui le croiroit ?) monte par an plus de douze millions d'escus, au grand proffit et commodité de l'vne et l'autre des Prouinces : de sorte qu'à peine se pourroyent elles passer l'vne de l'autre, tant le mutuel commerce leur est necessaire.

Et ne faut oublier que les marchands, pour ne tomber en si grand hazard de perte, s'asseurent l'vn l'autre d'vne bonne partie des denrées, qui vont et viennent par mer, à certain prix, duquel ils accordent ensemble pour y enuoyer des vaisseaux aupres, affin de les maintenir : et ainsi ils se departent les pertes, chascun en portant sagement sa part.